
Dans son article « Rêve et contre‑transfert en éthnopsy : Le thérapeute « métissé » », Danièle PIERRE explore la complexité des interactions thérapeutiques dans un contexte interculturel. L’auteure s’intéresse particulièrement au rôle du rêve et au phénomène de contre‑transfert lorsqu’un thérapeute travaille avec des patients issus d’une culture différente de la sienne. Elle propose que ces situations révèlent un type de relation psychique singulière, qu’elle qualifie de « métissée ». Ce terme décrit une expérience où les univers psychiques et culturels du patient et du thérapeute s’entrelacent, donnant lieu à une compréhension partagée qui dépasse la simple empathie.
Le texte souligne que le contre‑transfert, traditionnellement défini comme la réaction émotionnelle du thérapeute face au patient, ne se limite pas à une réponse intrapsychique personnelle. Dans le cadre interculturel, il devient un espace où les formes symboliques et les représentations culturelles du patient influencent et modifient la perception du thérapeute. Le thérapeute peut ainsi « rêver avec » son patient, intégrant à son propre univers psychique certaines structures symboliques du patient. Cette capacité à s’immerger dans un autre système de pensée constitue selon Danièle PIERRE, un outil précieux pour comprendre et accompagner la souffrance dans sa dimension culturelle.
Le rêve occupe une place centrale dans cette approche. Il n’est pas seulement un matériau à interpréter, mais un espace où se manifestent les interactions entre inconscient individuel et univers culturel. Les rêves permettent au thérapeute de percevoir la manière dont la souffrance psychique s’inscrit dans un contexte culturel donné et offrent un moyen de dépasser les limites de la communication verbale. Dans ce sens, l’expérience du rêve et du contre‑transfert devient un vecteur privilégié d’une rencontre thérapeutique réelle et profonde, fondée sur la reconnaissance de la différence culturelle et de ses implications psychiques.
En conclusion, Danièle Pierre montre que le « métissage » dans le contre‑transfert et dans la lecture des rêves n’est pas un simple effet de curiosité intellectuelle, mais une condition de possibilité pour une clinique interculturelle efficace. L’article illustre ainsi que la rencontre entre deux univers culturels et psychiques, loin de se limiter à la transmission de savoir ou de technique, peut produire un véritable espace de rencontre et de transformation mutuelle. Le rêve et le contre‑transfert apparaissent donc comme des instruments essentiels pour accéder à cette expérience de partage, offrant au thérapeute les moyens d’un engagement plus authentique et sensible face à la souffrance d’autrui.
A propos de l’article « Rêve et contre‑transfert en ethnopsy : Le thérapeute « métissé » Danièle PIERRE, La Pensée Sauvage/ L’Autre, 2009/3 – Volume 10 pages 327 à 332.