Réflexion sur l’Image du Corps, l’obésité et la transmission transgénérationnelle…

Dans l’article écrit par le Dr Almudéna Sanahuja et Professeur Patrice Cuynet intitulé « Image du Corps chez l’adolescent obèse et transmission transgénérationnelle » in Press Le Divan Familial, 2011/2 N°27 ; les auteurs défendent l’idée que l’obésité ne peut pas être comprise uniquement comme un trouble individuel ou alimentaire, mais comme l’expression d’une souffrance psychique profonde, souvent liée à l’histoire familiale. Tout à fait !

Le corps occupe une place centrale dans la construction de l’identité. À l’adolescence, période marquée par d’importantes transformations physiques et psychiques, cette question devient encore plus cruciale. Chez certains adolescents obèses, le rapport au corps est perturbé : le corps devient un moyen d’exister, de se sentir réel, notamment face à un sentiment de vide intérieur ou de fragilité identitaire. L’hyperphagie peut alors être comprise comme une conduite addictive visant à combler ce vide, procurant un apaisement temporaire mais jamais durable.

Les auteurs avancent l’hypothèse que cette souffrance est en partie héritée. Des traumatismes, des secrets ou des non-dits familiaux peuvent se transmettre inconsciemment d’une génération à l’autre. Ces éléments non élaborés (appelés « fantômes » ou « cryptes » psychiques) s’inscrivent dans le corps de l’adolescent, qui devient le lieu d’expression de ce qui n’a pas pu être symbolisé auparavant. Ainsi, l’obésité peut représenter une tentative de donner forme à un mal-être hérité, ou de « porter » une histoire familiale. Le cas clinique d’Astrid illustre cette problématique. Son poids lui permet paradoxalement de se sentir visible et d’exister, tout en étant source de souffrance.

Sa famille présente un fonctionnement marqué par une difficulté à accepter la séparation et l’autonomie, avec des frontières floues entre les individus. La mère, notamment, entretient une relation d’emprise, rendant difficile l’individualisation d’Astrid.

L’histoire familiale révèle plusieurs traumatismes non résolus, notamment un suicide, des secrets autour des origines et un vécu de honte transmis sur plusieurs générations. Ces éléments n’ayant pas été élaborés psychiquement, ils se transmettent sous forme de souffrance diffuse. Astrid semble ainsi porter, à travers son corps, cette mémoire familiale : son obésité devient une manière d’exprimer et de contenir cette histoire.

Malgré une perte de poids significative, Astrid ne parvient pas à modifier l’image qu’elle a d’elle-même. Cela montre que le problème ne se limite pas au corps réel, mais concerne l’image inconsciente du corps, profondément marquée par les expériences familiales et transgénérationnelles.

L’obésité à l’adolescence peut être comprise comme une réponse à une souffrance psychique liée à des failles identitaires et à des transmissions familiales inconscientes. L’hyperphagie apparaît comme une tentative de combler un vide existentiel et de maintenir une forme de cohésion psychique et familiale. Le corps devient alors le support d’une mémoire transgénérationnelle et le lieu d’expression d’un mal-être qui dépasse l’individu. Le travail corporel et plus particulièrement en psychomotricité, permet de revisiter cette mémoire corporelle identitaire , en respectant le rythme du patient, de son histoire et de ses souffrances.