A propos de l’article « Le Setting Transculturel en pédopsychiatrie » Bruno Lemoine et Laurence Roubaud, Perspective Psy, 2005/1, Vol44, pages 38 à 43.

Le setting transculturel en pédopsychiatrie s’inscrit dans la nécessité de repenser le cadre thérapeutique face à l’augmentation des situations cliniques impliquant des enfants et des familles issus de la migration. Les modèles classiques de la pédopsychiatrie occidentale, fondés sur des références culturelles implicites, montrent leurs limites lorsqu’ils sont appliqués à des patients dont les représentations de la maladie, du développement de l’enfant, du soin et de la parentalité diffèrent profondément.
Les auteurs nous explique pourquoi le setting transculturel ne se réduit pas à une simple adaptation technique ou linguistique du soin. Mais il constitue un dispositif clinique à part entière, visant à accueillir la pluralité des systèmes symboliques et explicatifs mobilisés par les familles. La souffrance psychique de l’enfant y est envisagée non seulement comme une expression individuelle, mais comme un phénomène inscrit dans une histoire familiale, culturelle et migratoire. Les symptômes peuvent ainsi être porteurs de significations multiples, relevant à la fois de la psychopathologie, du traumatisme, des ruptures liées à l’exil et des conflits de cadres culturels.
La place accordée à la famille est centrale. Dans de nombreux contextes culturels, l’enfant n’est pas pensé comme un sujet autonome, mais comme un être fondamentalement inscrit dans un réseau de relations et d’appartenances. Le setting transculturel privilégie donc une approche groupale et familiale, permettant de faire émerger les récits, les croyances et les théories étiologiques propres aux parents. Cette démarche favorise la reconnaissance des compétences parentales, souvent fragilisées par l’expérience migratoire, et contribue à restaurer une continuité symbolique entre les générations.
Le travail en équipe occupe une fonction essentielle dans ce dispositif. La pluralité des regards professionnels, associée parfois à la présence d’un interprète ou d’un médiateur culturel, permet de contenir la complexité clinique et d’éviter les interprétations réductrices ou ethnocentriques. Le cadre groupal agit comme un espace de pensée partagé, où les hypothèses cliniques peuvent être élaborées collectivement et où les projections culturelles des soignants sont elles-mêmes interrogées.
La question du cadre thérapeutique est pensée en termes de souplesse et d’adaptabilité. Il ne repose pas sur des règles figées, mais sur une capacité à ajuster les modalités de rencontre, la temporalité et la place de chacun en fonction des besoins de la situation clinique. Cette flexibilité permet de soutenir l’alliance thérapeutique, de favoriser l’expression des affects et de donner du sens aux manifestations symptomatiques de l’enfant.
Le setting transculturel apparaît comme un outil de médiation entre différents univers culturels. Il offre un espace où peuvent se rencontrer les logiques du soin occidental et les systèmes de pensée des familles, sans hiérarchisation ni disqualification. Cette articulation favorise les processus de subjectivation de l’enfant et contribue à une prise en charge plus juste, respectueuse et efficace de la souffrance psychique dans un contexte de pluralité culturelle.
A nous de (re)penser nos espaces de soin, comme des espaces ouverts et disponibles à la pluriculturalité des symptômes et de leurs sens.